En panne…
En pause pour… une durée indéterminée !

Pour cause de panne d′inspiration.
Téléphone
Un trésor dans… la vigne !

Il était un fermier qui avait trois fils paresseux. Il n′y a rien de nouveau là-dedans !
Ce fermier s′inquiétait pour ses vignes. Il avait peur qu′après sa mort ses fils les négligent. Il savait que sa ferme pourrait rapidement cesser d′être prospère.
Sentant sa fin proche, le viel homme appela ses fils.
“Je dois vous dire queque chose, murmura t′il. Un pot d′or est enterré dans la vigne.
Il est enterré à un pied de profondeur. Vous devriez la trouver facilement.
Mais, j′ai bien peur de ne pas pouvoir retrouver l′endroit exact ou il est enterré.”
Et sans ajouter un mot, le viel homme mourut.
Cette année là, les fils travaillèrent dur dans les vignes. Ils creusèrent en long et en large.
Ils creusèrent dans toute la vigne en fait. Mais ils ne trouvèrent pas l′or.
Cependant, grâce à leur travail acharné,la vigne était en pleine croissance. La ferme rapporta plus d′argent qu′elle n′en avait rapporté dans le passé.
Alors les fils comprirent ce que leurs efforts pouvaient leur rapporter.
Et ils devinrent de très bons protecteurs des vignes.
Et en retour, la vigne leur permis de bien vivre pendant toute leur vie.
Un fable d′Esope extrait du Livre “Soignons notre terre”.

Jolie
Image et citation du… dimanche !

Je vous ai demandé un service hier : vous pouviez me le refuser, vous en aviez le droit : mais vous m’avez rendu hier le service demandé : vous m’en devez un autre, dix autres, cent autres. Avisez-vous de me refuser un second service après m’avoir rendu le premier ! je vous haïrai, je vous diffamerai, je vous traiterai, comme un traître et un voleur — Alphonse Karr — Sous les orangers

L'arbre
L'arbre tout seul… à quoi sert-il ?

Perdu au milieu de la ville,
L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Les parkings, c'est pour stationner,
Les camions, pour embouteiller,
Les motos, pour pétarader,
Les vélos, pour se faufiler.
L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Les télés, c'est pour regarder,
Les transistors, pour écouter,
Les murs pour la publicité,
Les magasins pour acheter.
L 'arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Les ascenseurs, c'est pour grimper,
Les présidents pour présider,
Les montres pour se dépêcher,
Les mercredis pour s'amuser.
L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Il suffit de le demander
À l'oiseau qui chante à la cime.
L'arbre — Jacques Charpentreau (1928 - … )— La ville enchantée

Y′a plus de saisons !
Chanson pour les enfants… l’hiver !

Dans la nuit de l’hiver
Galope un grand homme blanc
Dans la nuit de l’hiver
Galope un grand homme blanc
C’est un bonhomme de neige
Avec une pipe en bois,
Un grand bonhomme de neige
Poursuivi par le froid.
Il arrive au village.
Voyant de la lumière
Le voilà rassuré.
Dans une petite maison
Il entre sans frapper ;
Et pour se réchauffer,
S’assoit sur le poêle rouge,
Et d’un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
Au milieu d’une flaque d’eau,
Ne laissant que sa pipe,
Et puis son vieux chapeau.
Jacques Prévert — 1900 – 1977

Signes particuliers
Poète si… tu pouvais !

D’un seul mot transformer
La bombe à hydrogène
En bulle de savon
Si tu pouvais poète
D’un seul mot d’un seul pied
Terrasser le dragon
Changer les généraux
En tigres de papier
Poète si d’un seul mot
Tu pouvais mettre fin
A la guerre de Troie
Poète si tu pouvais
Mais tu n’es
Bon à rien
Brise ta plume d’oie
Brûle tes alexandrins
Il n’y a pas de salut
Périssent les Troyens
Poète prends ton luth
Et le jette aux orties
Crie
Crie
Crie
Ou tais-toi
Il n’y a pas de milieu
Il n’y a pas d’autre voie
Poète ouvre les yeux
N’attends pas l’an deux mille
Lève-toi prends ton lit
Et marche – marche ou crève
(mais tu ne bouges pas
tu n’entends pas tu rêves
assis devant la table
la main sur le poème
que tu viens d’achever)
Signes particuliers — Vahé GODEL (1931 — …)

Rayures
Image et citation du… dimanche !

Faire d’avance un plan exact et détaillé, c’est ôter à son esprit tous les plaisirs de la rencontre et de la nouveauté dans l’exécution de l’ouvrage. C’est se rendre à soi-même cette exécution insipide et par conséquent impossible dans les ouvrages qui dépendent de l’enthousiasme et de l’imagination. Un pareil plan est lui-même un demi-ouvrage. Il faut le laisser imparfait si on veut se plaire — Joseph Joubert / Carnets

Conte traditionnel
Des souris et des… éléphants !

Il était une fois une ville depuis longtemps désertée par les hommes, où les maisons et les temples n’étaient plus que ruines. Et, dans ces ruines, dans les coins et les recoins, vivaient, heureuses, des souris. Elles partageaient leur temps entre fêtes, spectacles, mariages et banquets. Leur vie n’était qu’une longue suite de plaisirs.
Un jour, le roi des éléphants, qui régnait sur plus de mille éléphants, entendit parler d’un lac où l’eau abondait et qui se trouvait non loin des ruines où résidaient les souris. Il décida de s’y rendre, avec ses compagnons, pour qu’ils puissent étancher leur soif tout à loisir. Hélas ! le troupeau, sur son chemin, écrasa les maisons des souris et piétina un grand nombre d’habitantes.
Les souris survivantes se réunirent pour commenter en détail le terrible malheur qui les avait frappées. “Ces maladroits d’éléphants sont en train de nous exterminer. S’ils reprennent encore une fois ce chemin, il ne restera bientôt plus personne pour raconter notre histoire. Il existe un vieux proverbe qui dit : la patte de l’éléphant et l’haleine du serpent sont mortelles. Les méchants peuvent faire beaucoup plus de mal en faisant semblant d’être gentil. Il faut que nous trouvions quelque chose pour que cela ne se produise plus”, dirent-elles.
Après délibération, quelques-unes d’entre elles se rendirent au lac, s’agenouillèrent humblement devant le roi des éléphants et dirent poliment : “Puissant monarque, non loin d’ici se trouve notre demeure. Cela fait très longtemps que nous autres, souris, vivons-là. Nous y sommes merveilleusement heureuses. Mais si vous et vos amis persistez à traverser notre ville, il ne restera bientôt plus aucune d’entre nous. Nous vous supplions, si votre cœur est bon, d’emprunter un autre chemin. Sans compter que nous pourrions vous être utiles un jour.”
Le roi écouta attentivement la déclaration des souris et décida que les éléphants, à l’avenir, suivraient une autre voie.
Peu de temps après, des chasseurs, désireux d’offrir à leur roi quelques éléphants, s’installèrent dans la région.
Ils étalèrent un grand filet de corde, le placèrent au-dessus d’un trou pratiqué dans le sol. Puis ils entourèrent le troupeau d’éléphants et, au bout de trois jours, ils réussirent à capturer le roi des éléphants, ainsi que plusieurs autres. Avec bien des difficultés, ils le hissèrent hors du piège et l’attachèrent à un énorme tronc d’arbre, de sorte qu’il ne pouvait plus bouger.
Lorsque les chasseurs se retirèrent, le roi des éléphants chercha désespérément qui pouvait lui venir en aide. Il pensa alors aux souris. Peut-être seraient-elles capables de faire ce qu’il attendait d’elles. Aussi murmura-t-il à un de ses vieux serviteurs qui avait réussi à échapper au filet : “va dire aux souris que je suis prisonnier. Demande-leur si elles veulent bien m’aider.”
Le vieux serviteur arriva bientôt dans la cité des souris. Dès qu’elles apprirent la nouvelle, elles se rassemblèrent par milliers et se dirigèrent vers l’endroit où les éléphants étaient prisonniers. Se mettant immédiatement au travail, elles commencèrent à ronger toutes les cordes qui attachaient les pattes des éléphants. Grimpant même dans les arbres, elles réussirent à couper le filet, et les éléphants, reconnaissants, retrouvèrent la liberté.
Conte du Panchatantra

Recette
La soupe de la… sorcière !

Dans son chaudron la sorcière
Avait mis quatre vipères
Quatre crapauds pustuleux
Quatre poils de barbe-bleue
Quatre rats, quatre souris
Quatre cruches d’eau croupies
Pour donner un peu de goût
Elle ajouta quatre clous
Sur le feu pendant quatre heures
Ça chauffait dans la vapeur
Elle tourne sa tambouille
Et touille et touille et ratatouille
Quand on put passer à table
Hélas c’était immangeable
La sorcière par malheur
Avait oublié le beurre
Jacques Charpentreau (1928 - … )

Poésie jolie !
Complainte du… petit cheval blanc !

Le petit cheval, dans le mauvais temps,
qu’il avait donc du courage !
C’était un petit cheval blanc,
tous derrière et lui devant.
Il n’y avait jamais de beau temps dans ce pauvre paysage.
Il n’y avait jamais de printemps,
ni derrière ni devant.
Mais toujours il était content,
menant les gars du village,
à travers la pluie noire des champs,
tous derrière et lui devant.
Sa voiture allait poursuivant sa belle petite queue sauvage.
C’est alors qu’il était content,
eux derrière et lui devant.
Mais un jour, dans le mauvais temps,
un jour qu’il était si sage,
il est mort par un éclair blanc,
tous derrière et lui devant.
Il est mort sans voir le beau temps,
qu’il avait donc du courage !
Il est mort sans voir le printemps,
ni derrière ni devant.
Jules Jean Paul Fort, né à Reims (Marne) le 1er février 1872 et mort le 20 avril 1960 à Montlhéry (Essonne), est un poète et dramaturge français — Via Wikipedia.

Meilleurs vœux 2012 !
Image et citation du… dimanche !

Un savant est un homme qui sait beaucoup de choses qu’il faudrait connaître mieux que lui pour savoir s’il n’est pas un âne — Hector Talvart

Mes meilleurs vœux pour 2012 !
Tel est pris… qui croyait prendre !

La semaine du travailleur a sept jours, la semaine du paresseux a sept demain — proverbe français

Il n′est jamais trop tard !
Le costume du… Père Noël !

- Du rouge, du rouge, du rouge ! Stop ! Ras-le-bol du rouge.
A quelques jours de Noël, le Père Noël essaye son costume devant l’immense miroir de sa chambre.
- Ça suffit, il faut que je change de costume, s’exclame-t-il.
Aussitôt le Père Noël se rend d’un pas décidé vers la fabrique de jouets. Et toujours aussi résolu, il entre dans la salle des costumes où il surprend une jeune costumière en train de coudre des paillettes sur une robe de princesse.
- Père Noël ? s’étonne la costumière, que vous arrive-il ?
- Du rouge, du rouge, rien que du rouge. Je n’en peux plus. Je veux changer de costume.
- Changer de costume ? demande perplexe, la petite costumière.
- Oui, je veux changer de costume. Qu’avez-vous à me proposer ? ronchonne le
Père Noël tout en farfouillant dans les penderies.
La petite costumière réfléchit et dit :
- Passez derrière ce paravent. Je vais voir ce que je peux trouver.
Après avoir fouillé quelques instants dans la penderie, la petite costumière tend au Père Noël un masque noir avec des oreilles pointues, une combinaison noire avec gros dessin doré sur la poitrine et une grande cape noire.
Derrière le paravent, le Père Noël enfile le costume et vient s’admirer devant le miroir.
- Un costume de Batman ? Noir… non c’est bien trop noir ! s’exclame le Père
Noël. Trouvez-moi autre chose !
Quelques minutes après, la petite costumière tend au Père Noël un habit décoré de centaine de losanges rouges, verts et jaunes, un demi-masque noir, un bonnet blanc et des chaussons ornés d’un pompon.
Derrière le paravent, le Père Noël enfile le costume et vient s’admirer devant le miroir.
- Un costume de d’Arlequin ? Rouge, vert, jaune… non c’est bien trop coloré ! s’exclame le Père Noël. Trouvez-moi autre chose !
La petite costumière retourne dans la penderie et lui tend un heaume gris argenté, une longue cote de mailles, une solide armure et une épée.
Derrière le paravent, le Père Noël enfile le costume et vient s’admirer devant le miroir.
- Un costume de chevalier ? Je ne peux pas bouger… non ce n’est vraiment pas pratique pour distribuer des jouets ! s’exclame le Père Noël. Trouvez-moi autre chose !
Encore une fois la petite costumière cherche dans la rangée de costumes et lui tend un chapeau de paille, des sandales en cuir et un maillot bleu à fleurs jaunes. Derrière le paravent, le Père Noël enfile le costume et vient s’admirer devant le miroir.
- Un costume de bain ? Il fait trop froid la nuit de Noël… non je vais être malade ! s’exclame le Père Noël. Trouvez-moi autre chose !
En soupirant, la petite costumière retourne dans la penderie. Elle lui tend de grandes bottes noires, une ceinture noire également, un pantalon rouge et un grand manteau rouge bordé de fourrure blanche.
Derrière le paravent, le Père Noël enfile le costume et vient s’admirer devant le miroir.
- Mais… c’est mon costume de Père Noël ! s’exclame le Père Noël en se tournant et se retournant devant la glace pour s’admirer.
- Oui, déclare de sa voix fluette la petite costumière, c’est le seul costume qui convient à un Père Noël !

Le permis !
La connerie c′est… inné !

Le papier rose en main, Pierrot fit une entrée triomphale au “Bar à thym”. Les “hip hip hip hourra !” de ses amis réunis le transportèrent d’aise. Enfin il se sentait heureux et en confiance, bien entouré de ses vrais potes.
Chez lui, l’accueil avait été si décevant. Sa mère lui avait semblée bizarrement inquiète, comme tracassée par sa réussite. C’est vrai qu’elle ne lui faisait jamais confiance.
Sa petite sœur n’avait fait aucun cas de son succès, elle avait le permis depuis plus d’un an déjà.
Frustré de cette heure de gloire qu’il attendait depuis si longtemps, il avait senti une bouffée de rage monter en lui. Rage contre ses parents qui l’étouffaient l’un de conseils, l’autre de reproches. Haine aussi contre cette petite sœur, si parfaite aux yeux des parents, alors qu’elle n’était qu’une snobinarde, toujours à finauder et à se moquer de lui.
Dans ces circonstances si particulières, Pierre éprouvait lourdement l’injustice de sa situation. Ses parents applaudissaient volontiers aux succès de cette sale teigne qu’ils traitaient toujours avec indulgence. Lui, à leurs yeux, n’était qu’un balourd… Un brave garçon un peu lent…
Mais les choses allaient enfin changer. Pierre sentait toute cette énergie en lui, cette force, ce goût pour la vitesse qui le submergeaient. Il se savait téméraire et viril.
Il aimait parler de voitures avec ses copains, il aimait assister aux courses automobiles. Quand le bruit des moteurs et l’odeur forte de l’huile chaude l’enveloppaient, son âme devenait celle d’un grand pilote.
Et, ce jour-là, il venait d’obtenir le document officiel qui ferait prendre un tournant décisif à sa vie ; le permis de conduire… SON permis !
D’habitude, à la maison, quand il disait ;
— Malheureusement, j’ai pas encore mon permis…
Ou bien ;
— Dès que j’ai mon permis…
Sa sœur, la salope, le reprenait ;
— Ton permis ?! Tant que tu ne l’as pas, c’est pas le tien ! Dis LE permis de conduire mais ne te l’appropries pas encore, ça fait cinq fois que tu le rates !
Voilà, c’était bien là le drame de Pierre Martinot. Un passionné de voitures qui n’arrivait pas à décrocher le fameux papier rose ! Bien entendu, la conduite ne lui avait jamais posé le moindre problème. Chez lui, c’était là, inné, chevillé au corps. Mais toutes ces tracasseries pour le code… Alors que tout le monde sait bien que ça ne sert plus à rien dès qu’on a réussi l’examen !
Pierrot l’avait raté plusieurs fois, ce code de merde ! Conséquence… Interdiction de passer la conduite pourtant si bien maîtrisée. Six fois il s’était présenté ! Ça lui avait pris neuf ans en tout… Neuf ans à ronger son frein, à s’abîmer la vue sur des bouquins constellés d’intersections, de véhicules prioritaires et de dos d’ânes !
Heureusement, aujourd’hui, tout cela n’était plus qu’un mauvais souvenir. Bien au chaud, au comptoir de l’amitié, on arrosait la victoire avec les copains.
— Et que le Champagne coule à flots, aubergiste !
Pour la première fois peut-être depuis qu’il était sorti de l’enfance, Pierrot se sentait reconnu… Un vrai homme tel qu’il l’entendait, bien en phase avec la vie moderne… Au diapason de l’existence… Il rayonnait !
A travers la vitre embuée du bar, son regard se posa sur le 4x4 rouge de Sébastien. Tout comme lui, son pote aimait les voitures massives et puissantes…
Mais Pierrot avait une autre idée. Et son idée à lui, c’était de se payer une Américaine, une grosse limousine. Il en aurait bientôt les moyens, depuis le temps qu’il économisait ! On exposait justement de très beaux modèles d’occasion dans un garage tout proche et il se promettait d’y faire un saut à la première heure du lendemain. Avec le permis en poche, le plus dur était fait !
Sébastien vit la lueur de convoitise dans les yeux de son copain. Sébastien Louette était son meilleur pote. Un authentique ami qui l’avait toujours soutenu et encouragé en toutes circonstances. Il l’avait même aidé à réviser son code, c’est vous dire !
D’ailleurs, cette amitié sans faille, Pierrot la lui rendait bien. Par exemple, quand Sébastien avait perdu son emploi, c’était Pierrot qui avait payé l’assurance du 4x4. A présent, Sébastien avait retrouvé un petit job et ses finances avaient meilleure mine. Mais, malgré tout, Pierrot savait bien qu’il lui restait des traites en retard. Et, une fois de plus, il était décidé à l’aider, même si cela entamait quelque peu le budget destiné à la grosse américaine.
Rien qu’à penser à leur si belle entente, Pierrot sentit les larmes mouiller ses paupières.
— Trinquons à l’amitié ! S’écria-t-il, histoire de chasser son trouble.
— A l’amitié et aux belles voitures ! Reprit Sébastien en levant son verre.
Et tous deux, le sourire et le champagne aux lèvres, s’abîmèrent dans la contemplation du beau Cherokee chromes et feu.
— Trinquons aussi aux femmes !
Lança soudain Pierrot, en apercevant une jolie blonde qui passait en fredonnant devant le bar, un gros dossier cartonné calé sous son bras droit.
Et le reste arriva tout naturellement. Entre amis, c’est bien connu, pas besoin de parler. On se comprend d’un geste, d’un regard. Mais là, ce que dit Sébastien en lui tendant ses clés, réchauffa le cœur de Pierrot, effaçant d’un seul coup toutes les frustrations passées.
— Tu sais quoi ? Je te prête mon Cherokee. Va t’faire une p’tite virée mon Pierrot. T’as ton permis, moi j’te fais confiance. Tu fais le tour du pâté de maisons, tout seul, comme un grand… Juste le temps pour nous d’ouvrir une nouvelle bouteille de roteux !
Pierrot ne se le fit pas répéter deux fois !
Il y a des gens qui s’amusent, qui font la fête. Pendant ce temps-là, il y en a d’autres qui travaillent. Mélanie Duplat était de cette dernière catégorie. C’était une belle jeune femme blonde. Très belle et surtout très sérieuse… D’ailleurs, elle était huissier de justice. Consciencieuse et aimant son métier elle parvenait, en maniant avec dextérité la carotte et le bâton à clôturer bien plus de dossiers que la plupart de ses collègues.
Ce jour-là, elle se sentait en grande forme. Elle portait sous le bras droit, un classeur cartonné où s’étalait, en lettres capitales le titre “Dossier n° 413, Affaire Louette”. C’était exactement le type d’affaires qu’elle affectionnait. Elle en connaissait tous les détails par cœur. Trois mois de traites en retard, une voiture de genre “tous terrains” à saisir. Pour l’instant, la saisie n’était que conservatoire. Mais si, comme Mélanie l’espérait, l’homme ne soldait pas sa dette sous huit jours, on passerait à la saisie pure et simple. Un vrai délice !
Encore un qui avait eu l’auto plus grosse que le portefeuille et n’arrivait pas à payer son crédit. D’instinct, Mélanie le haïssait, comme elle haïssait la plupart des gens et, plus particulièrement, tous les conducteurs de 4x4.
Chaussant ses lunettes, Mélanie consulta son plan de banlieue à la recherche du domicile de son “client”.
— J’y suis ! C’est de l’autre côté de la nationale… S’écria-t-elle en repérant les lieux.
Elle rebroussa chemin, cherchant des yeux un passage protégé. Elle cheminait d’un pas décidé, en fredonnant, pour se donner de l’entrain ;
— C’est bien fait pour lui ! C’est un gros macho…
En passant, elle jeta un regard méprisant aux poivrots qui, toujours accoudés au comptoir du “Bar à Thym”, émirent à sa vue de nouveaux sifflements admiratifs.
Elle arriva au passage pour piétons, la route était très large et la circulation dense. Un panneau lumineux affichait ; “Piétons, traversez en deux temps”. Mélanie Duplat était une fille disciplinée. Pas du tout le genre écervelée ! Elle s’arrêta tranquillement au bord du trottoir, en attendant que le petit bonhomme du signal devienne vert. Elle chantonnait toujours, le nez plongé dans le plan du quartier. Elle ne vit pas le gros 4x4 Cherokee rouge lancé à toute allure qui arrivait en zigzaguant et coupait carrément la nationale en diagonale.
A peine amorça-t-elle un geste… un cri…
De toute façon, Pierre Martinot n’eut pas l’occasion de connaître le son de sa voix. Il n’entendit même pas craquer les os de la jolie huissière de justice parce qu’il venait lui-même d’être éjecté et que sa boîte crânienne éclatait contre le mur du garage où l’on vendait de si belles limousines américaines.
Fin.
Le permis — Une nouvelle de Jocelyne Duparc via Toochattoo.

Parapluie
Image et citation du… dimanche !

Pourquoi lave-t-on une injure alors qu’on essuie un affront ? — Alphonse Allais

Noël encore !
L′homme qui… te ressemble !

J′ai frappé à ton cœur
Pourquoi me repousser ?
Ouvre-moi, mon frère.
Pourquoi me demander
L′épaisseur de mes lèvres
La longueur de mon nez
La couleur de ma peau
Et le nom de mes dieux ?
Ouvre-moi, mon frère.
Pourquoi me demander
Si je suis d′Afrique
Si je suis d′Amérique
Si je suis d′Asie
Si je suis d′Europe ?
Ouvre-moi, mon frère.
Je ne suis pas un noir
Je ne suis pas un rouge
Je ne suis pas un blanc,
Je ne suis pas un jaune.
Ouvre-moi, mon frère
Je ne suis qu′un homme,
L′homme de tous les cieux,
L′homme de tous les temps,
L′homme qui te ressemble :
Ouvre-moi, mon frère.
René Philombe — Yaoundé, 1977

Noël !
Conte de… Noël !

Noël ! Noël ! Nom d’un chien, qu’il fait froid !
Les hommes de garde se tassent autour du poêle qui ronfle comme un sourd.
Tous les hommes sont contents, car la nuit qui vient, c’est la nuit de Noël, et l’on va manger du boudin grillé et boire du bon vin blanc.
Le joyeux soldat de 2e classe, vicomte Guy de la Hurlotte, a déclaré :
— Puisque je suis de garde, cette nuit, ce réveillon-là, c’est ma tournée.
Les yeux luisants, tout le poste a répondu : « Vive La Hurlotte ! »
Ça n’est pas pour dire, mais n’empêche tout de même qu’il fait bigrement froid.
— Voilà la neige qu’elle tombe ! annonce Labroche qui vient du dehors.
Oui, elle tombe, la neige. Elle tombe comme s’il en pleuvait. Elle tombe, elle tombe, elle tombe. Et les hommes se tassent encore davantage autour du poêle qu’on charge de houille.
Dix heures.
C’est le moment d’aller relever les factionnaires.
Le caporal de pose, frileux et flemmard, se demande pourquoi il irait se geler. Bah ! les nouveaux iront bien relever leurs camarades tout seuls. La nuit de Noël, est-ce qu’on fait des rondes !
Le pauvre soldat Baju se dirige mélancoliquement vers la Poudrière, où l’appelle son tour de faction.
Brrr ! Il ne va pas faire bon à la poudrière, de dix heures à minuit.
Pourvu que les autres, au poste, n’aillent pas manger tout le boudin et boire tout le vin blanc, pendant ce temps-là !
Faction frigide et triste.
La neige s’est mise à tomber en rafale.
Baju s’enveloppe et s’abrite du mieux qu’il peut.
L’une après l’autre, chaque horloge de la ville décroche, avec des lenteurs à en mourir, les quarts, les demies, les heures.
Les paroisses sonnent leur messe de minuit.
Et comme la neige abolit tous les bruits du ras de la terre, voilà qu’on entend, de très loin, les cloches des églises de campagne.
Le pauvre Baju a les yeux pleins de larmes : une des cloches du lointain a tout à fait le même son que la cloche de son église, à lui, là-bas, au pays.
Et c’est, pour Baju, la brusque et nette évocation de la maman et des deux petites sœurs, à genoux dans l’église du village, priant le bon Dieu pour que le pauvre gars ne soit pas trop malheureux et, surtout, pour qu’il revienne bientôt.
Minuit !
Et même plus de minuit !
Baju commence à trouver qu’on ne vient pas le relever souvent.
Restera-t-il du boudin ? Restera-t-il du vin blanc ? Cruelle énigme !
Partout autour de lui, Baju voit s’étaler, sur ce quartier perdu de la Poudrière, le grand manteau blanc de la neige épaisse.
Sans compter que ça tombe toujours.
Ah !… quelqu’un, là-bas !… Zut !… ce n’est pas un soldat… c’est un vieux.
Un pauvre vieux qui ne doit pas en mener large, par ce temps-là.
Son grand manteau gris n’a pas l’air cossu, et ses beaux cheveux d’argent ne valent pas un bon capuchon.
Encore tout attendri par la vision du pays, le clocher, la mère, les petites sœurs, Baju sent son cœur inondé de tendresse et de pitié.
— Entrez là-dedans, mon vieux bonhomme, vous serez mieux que sous la neige.
Et, se dépouillant de son manteau de guérite, il en couvre l’homme âgé, qui le remercie d’une voix grave et douce.
Baju, lui, piétine dans la neige froide, heureux de rendre service au pauvre vieillard.
Une accalmie.
— Merci bien, mon ami, fait le vieux s’en allant, votre bonne action vous portera bonheur.
Et les quarts et les demies continuent à se décrocher, comme à désespoir, des beffrois de la ville !
Enfin ! C’est pas malheureux !
Si c’est pas honteux de relever un homme à une heure moins cinq, au lieu de minuit !
Labroche, qui relève Baju, est abominablement gris, circonstance qui ravive chez Baju les inquiétudes relatives au boudin et au vin blanc.
Ils ont dû en faire, une noce !
Juste ! Ah ! les cochons !
Tout le poste depuis le tambour jusqu’au sergent, saoul comme un poste polonais, vautré, pêle-mêle, sur le lit de camp.
Le boudin n’existe plus qu’à l’état d’arôme un peu fort.
Les bouteilles de vin sont sèches à croire qu’on les a passées à l’étuve.
Ah ! oui, les cochons! On n’est pas cochon comme ça !
Et ils ronflent tous comme des toupies hollandaises, un lendemain de kermesse.
Baju ranime le feu près de s’éteindre et se déchausse pour chauffer ses pauvres pieds gelés.
C’est bon, un bon feu !
La chaleur engourdit Baju, et Baju s’assoupit.
Et quand Baju, réveillé, veut se chausser, il s’aperçoit qu’on a mis quelque chose dans ses godillots. Quoi ?
Baju s’empare du godillot droit et constate la présence d’objets métalliques et ronds, qui brillent.
Un louis, deux louis, trois louis, quatre louis, cinq louis!
Cinq louis d’or tout battant neufs !
Baju, beaucoup trop honnête pour placer cette somme dans son porte-monnaie, la dépose dans sa cartouchière, provisoirement.
Le godillot gauche recèle trois paquets enveloppés de papier : un gros et deux petits.
Le gros c’est un couteau de trente-deux lames, infiniment plus superbe que ceux qu’il admire tous les jours à la devanture du coutelier de la Grand’Rue.
Les deux petits paquets, ce sont deux paires de boucles d’oreilles, mignonnes comme tout, pour ses petites sœurs, parbleu !
Et puis enfin, Baju trouve une carte de visite portant ces mots :
Le Bonhomme Noël
Remercie bien vivement M. Baju de sa gracieuse hospitalité.
Villa des Flocons
Le Ciel
Contes humoristiques — Alphonse Allais


