Hêtre ou… ne pas être !
 
Bas

C’était mon nouvel arbre, un beau hêtre de taille moyenne. Je venais de l’acheter et de le planter dans le fond de mon jardin afin d’égayer ce côté assombri par les murettes qui l’entouraient.
Tous les jours, je venais l’observer, vérifier qu’il n’était pas malade. Son écorce rugueuse et plissée faisait penser à des rides de vieille femme. Deux petites encoches dans son écorce rappelaient des yeux tristes. A chaque fois que je m’approchais de lui, je le touchais, faisant le tour de son tronc. Et quand je passais devant les deux petits creux, je m’arrêtais, les épiant, essayant de percevoir un message. Ses feuilles, d’un vert apaisant, bruissaient dans le vent. Une mélodie s’installait.
Un matin, je me réveillai et allai voir comme d’habitude mon arbre. Ses branches pendaient, touchant presque le tronc. Une grande partie des feuilles étaient au sol, recouvrant ses racines apparentes. Je devins anxieux. Sûrement avait-il fait très froid cette nuit là ! Une gelée avait pu faire tomber les feuilles et s’affaisser les branches. Ce petit moment d’effroi m’avait mis mal à l’aise. Je me calmais doucement.
Soudain, un vent glacé me monta le long de la colonne vertébrale, l’arbre semblait déplacé. Etait-ce une plaisanterie? Quelqu’un aurait déraciné puis replanté mon arbre ?
Je restais là, tétanisé, ne pouvant articuler un mot. J’essayais de me raisonner, de trouver une explication. Des mots se bousculaient dans ma tête. L’angoisse accélérait mon souffle.
Je tentais de reprendre peu à peu mes esprits pour ne pas vaciller, quand l’arbre se mit à sortir ses racines de la terre. Les petits creux dessinèrent un rictus sournois. Les branches se relevèrent et se tendirent comme si elles se préparaient à m’attraper. Quant à moi, ne pouvant bouger, je regardais l’arbre s’approcher lentement, inexorablement.

Je ne sais plus où je l′ai trouvée cette histoire.